13 - Faites entrer le réel

Tout à commencer dans l’épisode 8 consacré à l’effraction du réel, à travers quelques lectures de textes ou témoignages, plus ou moins intéressants (je me permets de dire ça, dans la mesure où j’étais le seul à parler). Une pensée chemine depuis. Il s’agissait alors d’expliquer, ou de raconter, ou d’indiquer plutôt que le poète, ou l’artiste, ou le philosophe, ou quelqu’un d’autre (le penseur ?) était celui qui voit. Une fois en sa vie, au moins une fois, il a vu quelque chose de trop grand pour lui.

Il y a les textes des écrivains sur leur rapport à l’art (Proust, Balzac, Baudelaire, Hugo…), les textes philosophiques (certains… comme Nietzsche, mais on y touche toujours), les textes des peintres (Paul Cézanne, Vincent van Gogh…) : ces textes font référence à ce réel, au-delà de nos représentations. Bien sûr, on peut approcher le sujet de façon scientifique, ou en avoir l’air (d’un savant) pour expliquer les catégories kantiennes, etc. Mais je ne veux pas faire ça. Moi, je veux, O grande ambition, O terrible arrogance, vous indiquer qu’il existe une expérience de ce réel et qu’on se fout bien de la théoriser.

Pourquoi une effraction ?
J’ai parlé d’une effraction du réel, parce que c’est une illusion de croire que nous voyons le réel quotidiennement. Le monde brut, c’est quoi ? Grosse question, ma gueule. Oh, j’ai osé… pardonnez-moi.

Toute une partie de la philosophie s’est évertuée à décrire nos perceptions, nos affects (et encore…) et figurer l’esprit humain sous la forme d’une boîte ou d’une machine dans laquelle des facultés étaient à l’oeuvre : raison (idées), entendement (concepts), sensibilité (sensations)… Aujourd’hui, il y a les sciences cognitives qui ont la prétention de tout savoir sur notre manière de voir le monde, etc. Je ne me moque pas des sciences cognitives, mais ce n’est pas du tout mon point de vue et je n’ai jamais lu ou vu quelque chose d’assez passionnant et poussé pour m’y intéresser. Si vous voulez me faire changer d’avis, ce podcast est là pour ça.

Alors, notre approche dans cet épisode se doit d’être rigoureuse, mais à ras du sol (et non pas « à raz »). La thèse est simple. Elle vient du fameux préjugé qu’on fuirait dans l’art. On y échapperait à la réalité ou au réel vers ou pour un imaginaire. Ou alors, tel le philosophe peint par Rembrandt, on se fouterait sous l’escalier pour penser, loin de la rue, loin de la salle à manger, loin du monde, comme un dévot. Nous, on pense qu’on fait fuir. On ne fuit pas. On fait fuir quoi ? On fait fuir le réel dans l’oeuvre.

Qui parle dans cet épisode ?
Xavier fait l'intro et la conclusion. Michèle fait tout le reste et c'est beaucoup !

Samuel Beckett, Trois dialogues (éditions de Minuit)
Pierre Tal Coat
André Masson
Gilles Deleuze, Critique et clinique (éditions de Minuit)
Henri Bergson, Le Rire